L’organisme a embauché un nouvel entraîneur de haut niveau, Daniel Lefebvre, pour les biathlètes canadiens seniors au centre d’entraînement national. Mais au fil du temps, le mandat de Daniel a fini par être modifié.
Biathlon Canada lui a accordé 50 000 $ par année pour gérer le programme junior. Compte tenu de l’équipement et des athlètes requis ainsi que de l’entraînement rigoureux qu’il envisageait, Daniel Lefebvre a conclu qu’avec les fonds dont il disposait, il pouvait seulement entraîner dix athlètes. Il a décidé qu’il choisirait ces derniers dans le plus grand bassin possible de jeunes, afin d’augmenter ses chances de trouver les diamants bruts qu’il cherchait.
Il s’est rendu dans 25 écoles se trouvant dans un rayon de 15 kilomètres du centre d’entraînement. Son raisonnement était simple : il voulait être sûr que ses athlètes pourraient s’entraîner à l’année sans avoir à subir le stress additionnel occasionné par de lourds frais de déplacement ni à subir les pertes de temps et la fatigue dus à de longs trajets aller-retour. À son point de vue, il ne valait pas la peine d’investir dans ces athlètes si c’était pour les voir s’épuiser et abandonner l’entraînement à cause de difficultés liées au transport jusqu’au lieu d’entraînement chaque semaine. Il a utilisé des tests de présélection très exigeants et complets.
« Nous avons fait des essais dans des écoles », confie M. Lefebvre. « Nous avons fait subir aux candidats des sauts sur boîte, des tests de vitesse, toutes sortes de tests. Nous avons évalué des centaines d’athlètes et nous en avons retenu dix à peine, parce que je disposais de seulement 50 000 $ pour acheter des skis à roulettes, des combinaisons mono‑pièces, des carabines, des munitions – tout ce qu’il fallait selon moi pour que ces jeunes puissent se sentir privilégiés et savoir qu’ils étaient engagés dans quelque chose d’important. »
Daniel Lefebvre a été un des pionniers de l’application des concepts qui sont maintenant associés au parcours du développement à long terme du participant/athlète du programme « Au Canada, le sport c’est pour la vie ». Il a donné aux jeunes âgés de 13 à 15 ans, du stade Métamorphose du participant en athlète-S’entraîner à s’entraîner, des plans d’entraînement annuels, et il a demandé à des spécialistes de la médecine sportive d’évaluer l’état de santé des athlètes, de surveiller leur condition physique et de les sensibiliser aux questions nutritionnelles. Et l’entraînement était rigoureux – au point où trois des athlètes ont abandonné le programme avant la fin de la première année.
« Je les amenais à l’île du Cap-Breton pour un entraînement sur route en vélo, quand ils avaient 14 et 15 ans, et je leur faisais parcourir 1 000 kilomètres en dix jours », se rappelle M. Lefebvre. « Je leur imposais des charges d’entraînement lourdes et intenses, sur vélo et sur skis à roulettes. Nous arrêtions dans une auberge de jeunesse, sans téléviseur, sans téléphone, sans jeux vidéo. Une fois, j’ai emprunté le château de mon père et je leur ai fait faire deux heures de kayak sur le lac. À leur retour à la maison, alors qu’ils pensaient avoir eu leur dose d’entraînement, je leur ai montré les skis à roulettes qui les attendaient et leur ai imposé une autre heure d’entraînement. »
Daniel Lefebvre leur a prescrit entre 255 et 300 heures d’entraînement au cours de la première année, et au bout de trois ans, les sept biathlètes sous sa direction avaient remporté des médailles à des championnats du monde juniors.
« La Norvège et la Scandinavie se demandaient qui étaient ces athlètes », se rappelle M. Lefebvre. « Nous ne visions même pas Turin 2006. Notre objectif, c’était Vancouver 2010, mais après seulement trois ans, un des athlètes inscrits au programme avait déjà participé aux Jeux olympiques et fini dans la première moitié.
« Jean-Philippe Le Guellec a commencé à s’entraîner en 2003, et il a concouru en Pologne après seulement quatre mois et obtenu la 33e place – dans l’avion qui nous ramenait au Canada, il m’a dit : “ Je veux être un champion du monde. ” Ça m’a donné un frisson. Et l’année suivante, il a décroché le titre de champion du monde en France. Il a remporté l’or, l’argent à la poursuite, et il est devenu, chez les hommes, le premier biathlète canadien à remporter une médaille en biathlon à des championnats du monde juniors ou seniors. »
Dès 2003, l’équipe de jeunes biathlètes formés par Daniel Lefebvre a commencé à rafler les championnats canadiens chaque année.
« Qu’ils soient juvéniles ou juniors, ces athlètes ont tous récolté des médailles dans toutes les catégories », s’enorgueillit M. Lefebvre. « Ils ont amassé plus de 100 médailles à des championnats canadiens et je dirais que chacun détient entre 40 et 50 médailles actuellement, y compris des médailles remportées lors de compétitions au Canada et en Amérique du Nord. »
Tous font maintenant leur entrée sur la scène senior, et ils ont les yeux rivés sur Vancouver 2010.
« Le DLTP/A a été un excellent guide », avoue M. Lefebvre, soulignant le mérite de Biathlon Canada, qui n’a pas tardé à faire siens les principes du DLTP/A. Il considère que la planification fondée sur la périodisation et que les lignes directrices sur les tests et les volumes d’entraînement ont joué un rôle essentiel dans tout ce que son groupe de biathlètes a pu accomplir.
« Si vous espérez vous entraîner 1 000 heures par année quand vous aurez 25 ans, vous devez vous entraîner 300, 400, 500 et 600 heures par année quand vous avez entre 10 et 20 ans », affirme M. Lefebvre.
Peu de gens maintenant mettraient en doute ce qu’il dit. Compte tenu du succès incomparable que ses athlètes connaissent, Daniel Lefebvre a montré toute la valeur du DLTP/A, qui insiste sur l’importance de la périodisation et de la maximisation de l’entraînement pendant les périodes cruciales d’adaptation physique qui surviennent à l’adolescence et après le pic de croissance rapide-soudaine. Et si ces biathlètes canadiens continuent de mener le bal, il ne faudra pas s’étonner de les voir gravir les marches du podium en 2010.
© Centres canadiens multisports 2008